Inaptitude et invalidité

 

Qu’est-ce que l’inaptitude ?

 


Le salarié peut, du fait des séquelles de la maladie, être incapable d’exercer tout ou partie de ses anciennes fonctions. Il devient alors inapte. Il peut s’agir d’une inaptitude physique ou psychique, totale ou partielle, temporaire ou définitive. Mais dans tous les cas, cette inaptitude doit obligatoirement être constatée par le médecin du travail.
 

Attention :

Ne pas confondre inaptitude et invalidité :
  • l’inaptitude correspond à l’incapacité du salarié à occuper son ancien poste et relève des relations avec l’employeur
  • l’invalidité correspond à la perte de salaire conséquente à cette incapacité et relève de la sécurité sociale (voir ci-dessous)
Ces 2 notions sont indépendantes : un salarié peut être déclaré inapte par le médecin du travail mais valide par le médecin-conseil de la CRAM, et inversement.

Comment est constatée l’inaptitude ?

 


L’inaptitude devra obligatoirement être constatée par le médecin du travail lors de la visite de reprise obligatoire :
  • après 21 jours d’absences pour maladie
  • en cas d’absences répétées pour des raisons de santé

Cet examen de reprise devra se dérouler au plus tard dans les 8 jours suivant la reprise du travail.


C’est l’employeur qui doit l’organiser. Mais si l‘inaptitude est prévisible, un « pré-examen » peut intervenir avant, sur demande du salarié, de son médecin traitant ou du médecin-conseil de la sécurité sociale. Mais il devra à nouveau être examiné par le médecin du travail après reprise du travail.


Le médecin devra examiner le salarié lors de la visite de reprise et étudier son poste. S’il constate son inaptitude, il devra passer un 2ème examen 15 jours plus tard (ou 3ème, s’il y a eu « pré-examen »).  Il pourra accompagner son avis d’inaptitude de propositions de mutations ou de transformations du poste de travail.

Quelles sont les conséquences de l’inaptitude ?

 


L’employeur doit tenter de reclasser le salarié dès le 1er avis d’inaptitude :

  • L’inaptitude partielle
Le salarié reste capable d'accomplir une partie des tâches correspondant à son poste, mais celui-ci doit être aménagé. L’employeur est alors obligé de prendre en considération les propositions du médecin (ou de motiver son refus éventuel).

  • L’inaptitude totale
Le salarié ne peut plus accomplir aucune des tâches correspondant à son poste, mais reste capable de tenir un emploi différent. L’employeur est obligé de lui proposer un autre emploi, approprié à ses capacités et se rapprochant le plus possible de son ancien emploi.


A noter :

En cas de difficulté ou de désaccord sur l’inaptitude, salarié et employeur peuvent saisir l'inspecteur du travail qui tranchera après avis du médecin inspecteur régional du travail.

Quelle procédure de licenciement pour inaptitude?

 

Obligation d’organiser 2 examens médicaux


Le licenciement prononcé pour inaptitude est nul s’il n’y a pas eu les 2 examens médicaux (le « pré-examen » facultatif ne comptant pas), sauf en cas de danger immédiat pour la santé du salarié. Dans ce cas , un seul examen suffit.

Obligation de reclassement


L’employeur a 1 mois à compter du second examen pour tenter de reclasser le salarié, que l’inaptitude soit partielle ou totale.

Cette recherche doit s’étendre à toutes les activités de l’entreprise, à tous les établissements de la société, à toutes les entreprises du groupe. Il pourra donc au salarié proposer une mutation, une transformation de poste ou même une réduction du temps de travail. Il doit faire tout son possible pour trouver une solution de reclassement, même si le médecin a conclu à l’inaptitude à tout emploi dans l’entreprise.

Le salarié n’est pas rémunéré pendant cette recherche de reclassement.

Il ne pourra être licencié que, si et seulement si, le reclassement est impossible, faute de poste correspondant aux prescriptions médicales, ou s’il refuse toutes les propositions faites.

L’employeur devra prouver qu’il n’a pu le reclasser, ce que les juges apprécieront concrètement. S’ils estiment qu’il existait des postes que le salarié aurait pu occuper, son licenciement sera injustifié.


Attention

Toute rupture à l’amiable du contrat est ici impossible.

Obligation de reclassement ou de licenciement dans le mois


Si l’employeur n’a pas pu reclasser le salarié dans le mois suivant le 2ème examen de déclaration d’inaptitude, il pourra engager la procédure de licenciement mais devra le faire dans ce mois.

A défaut, il devra à nouveau lui verser son salaire. S’il ne le fait pas, le salarié pourra :
  • soit réclamer ses salaires en justice,
  • soit prendre acte de la rupture et demander à être indemnisé pour licenciement injustifié.

Obligation de respecter la procédure

L’employeur devra respecter la procédure classique de licenciement : convocation à un entretien préalable, tenue de l’entretien et notification du licenciement avec indication précise de son motif.

Faute de reclassement, l'employeur doit théoriquement laisser le salarié  exécuter son préavis sur son ancien poste. Mais dans la mesure où il est devenu inapte, il ne pourra l’effectuer et le salarié ne sera alors pas payé.


L'indemnisation du licenciement pour inaptitude


Le licenciement est justifié si l’employeur a satisfait à toutes ses obligations. Le salarié recevra :

  • l’indemnité de licenciement s’il a 2 ans d’ancienneté
  • les indemnités compensatrices pour les congés payés acquis mais non pris
  • les éventuelles primes et gratifications (ex :13ème mois) si la convention ou l’usage prévoit leur versement proportionnel au temps de présence
  • les éventuels droits à participation et intéressement.

Par contre, aucune indemnité compensatrice de préavis ne sera versée car le préavis ne peut être effectué en raison de l’inaptitude et de l’impossibilité de reclassement ou de son refus par le salarié.

Attention :

Le licenciement est injustifié si l’employeur a manqué à son obligation de reclassement, s’il ne verse pas les salaires après le délais d’un mois sans reclassement ou licenciement, ou enfin si le motif du licenciement n’apparaît pas ou n’est pas suffisamment précisé dans la lettre de notification. Le salarié reçoit alors en plus des dommages et intérêts.

 

Si l'inaptitude est consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, le Code du travail prévoit une indemnisation spécifique :
  • le salarié recevra une indemnité de licenciement au moins égale au double de l’indemnité légale ;
  • il a également droit à une indemnité compensatrice d'un montant égal à celui de l'indemnité compensatrice de préavis. Cependant, selon la Cour de cassation, ce montant doit être égal à celui prévu par le Code du travail et non calculé en fonction du préavis de licenciement auquel aurait pu prétendre le salarié en application de la convention collective :
    • Si le salarié a moins de 6 mois d’ancienneté : le préavis est déterminé par les usages pratiqués dans la profession
    • S’il a entre 6 mois et 2 ans d’ancienneté : 1 mois
    • S’il a plus de 2 ans d’ancienneté : 2 mois.

L'inaptitude du salarié sous contrat à durée déterminée



L'employeur peut ici demander la résiliation judiciaire du contrat, avant son terme.


Attention :

  • La demande est possible uniquement en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, si le reclassement du salarié est impossible ou en cas de refus du reclassement par celui-ci.
  • L’inaptitude du salarié suite à une maladie ordinaire ne constitue pas un cas de force majeure autorisant la rupture anticipée du contrat à durée déterminée. Ici, l’employeur n’aura pas d’autre choix que d’attendre le terme du contrat



L'action en résiliation judiciaire doit être portée devant le Conseil de prud'hommes. Le juge fixera l’indemnisation financière du salarié.

L'invalidité du salarié



Lorsque le salarié perd une partie de sa capacité de travail, il peut être déclaré invalide par la sécurité sociale (CPAM).

Il reçoit alors une pension d’invalidité. Pour cela, il doit :
  • avoir moins de 60 ans
  • présenter une invalidité réduisant sa capacité de travail d’au moins 2/3
  • être immatriculé depuis au moins 12 mois à la date de l’arrêt de travail ou de la constatation de l’invalidité
  • justifier, au cours des 12 mois précédant l’arrêt de travail ou la constatation de l’invalidité :
    • 800 heures travaillées (dont 200 heures au cours des 3 premiers mois)
    • ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 2030 fois le SMIC horaire (16788,10 €), dont 1015 fois au cours des 6 premiers mois).


La CPAM peut proposer la mise en invalidité. Mais le salarié peut également, de lui-même, prendre l’initiative de cette mesure. Il doit pour cela compléter le dossier qu’il aura retiré auprès de sa Caisse d’assurance maladie.

La pension d’invalidité est calculée sur la base du salaire annuel moyen des 10 meilleures années d’activité.

Son montant varie, selon la catégorie d’invalidité :

  • catégorie 1 : elle concerne les personnes capables d’exercer une activité rémunérée.
La pension est égale à 30 % du salaire annuel moyen, dans la limite de 804,60 €.

  • catégorie 2 : les personnes classées dans cette catégorie ne peuvent plus exercer d’activité professionnelle.
La pension est égale à 50 % du salaire annuel moyen, dans la limite de 1341 €.

  • catégorie 3 : elle concerne des personnes incapables d’exercer une activité professionnelle, et ayant besoin de l’assistance d’une tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie.
La pension est égale à 50 % du salaire annuel moyen, dans la limite de 1341 €. S’y ajoute une majoration forfaitaire pour tierce personne, de 999,83 €.


A noter :

  • La pension d’invalidité ne peut pas être inférieure à 255,30 €.
  • Rappel : le classement en catégorie 2 ou 3 n’a aucune incidence sur le contrat de travail. Le salarié devra être malgré tout soumis à la visite médicale auprès du médecin du travail, qui seul peut déclarer son inaptitude.



La pension d’invalidité est révisée :
  • en cas de modification de l’état de santé du salarié (amélioration ou aggravation)
  • en cas de reprise d’activité professionnelle.


Elle cesse d’être versée lorsque l’intéressé atteint l’âge de 60 ans. Elle est alors transformée en pension vieillesse.


A noter :

Si le salarié est toujours en activité à 60 ans, il peut demander la suspension de la pension. Elle reprendra, à sa demande, lorsqu’il prendra sa retraite.



 
Mise à jour : janvier 2007