L’obligation de reclassement
En cas de licenciement économique, l’entreprise concernée, si elle
compte plus de 50 salariés, doit impérativement établir un plan de
sauvegarde de l’emploi. L’article L.321-4-1 du Code du travail précise
que ce plan doit obligatoirement contenir des mesures visant au
reclassement des salariés.
Les juges sont venus préciser que
l’employeur devait établir un plan de sauvegarde de l’emploi comprenant
des mesures précises et concrètes de nature à éviter les licenciements
ou à en limiter le nombre, sous peine de nullité de la procédure.
A noter :
Les formules de pré-retraite ou les aides
financières aux départs volontaires ou anticipés ne peuvent être
considérés comme des mesures de reclassement professionnel.
Les mesures de reclassement interne
Les mesures de reclassement interne ont pour but d’obliger
l’employeur à étudier toutes les possibilités permettant le
reclassement des salariés dans l’entreprise.
La recherche doit
d’abord s’effectuer sur des emplois relevant de la même catégorie
d’emplois ou équivalents à ceux que les salariés dont le poste va être
supprimé occupent. (même salaire, mêmes qualifications…)
Sous
réserve de leur accord exprès, la recherche peut également s’effectuer
sur des emplois de catégories inférieures à ceux qu’ils occupent.
Les solutions doivent être recherchées aussi bien au sein de
l’entreprise, de l’unité économique et sociale, et même au sein du
groupe auquel l’entreprise appartient.
Des mesures peuvent
être prises pour faciliter le reclassement des salariés : mutations
géographiques, actions d’adaptation, détachements, formation de longue
durée…
Toutes ces propositions, et les mesures visant à les
faciliter, doivent être précisément définies. (volume envisagé, nature,
lieu des postes proposés, conditions de mise en œuvre..).
Les
salariés prioritaires pour ces reclassements sont ceux considérés comme
les plus fragiles en raison de leur profil professionnel, de leur âge,
ou de leur handicap.
A noter :
En cas de mutations internes, les conventions
collectives peuvent prévoir des garanties pour les salariés. (reprise
de l’ancienneté en cas de mutation du salarié dans un autre
établissement de l’entreprise, maintien du salaire antérieur pendant
une période minimale en cas de déclassement du salarié….).
Dans le cadre des mesures de reclassement interne,
le plan de sauvegarde peut aussi prévoir diverses mesures pour
faciliter la mise en œuvre des mesures de reclassement :
- le versement d’indemnités de mutation,
- le versement d’indemnités d’installation et des frais de déménagement,
- des aides au conseil pour la recherche d’emploi des conjoints des salariés mutés
- des bilans de compétences peuvent être proposés, etc...
Les mesures de reclassement externe
On vise ici toutes les aides mobilisées directement ou
indirectement au profit des salariés pour faciliter leur embauche par
un autre employeur, lorsque le reclassement interne n’a pas été
possible.
Cela peut consister notamment en des engagements à
proposer à chaque salarié des offres valables d’emploi, des « maisons
emploi » susceptibles de les aider, des dispositifs d’allocations
différentielles en cas de perte ultérieure de salaire, d’aide à la
mobilité professionnelle ou géographique, etc...
A noter :
Dans le cas des maisons d’emploi, les entreprises
doivent particulièrement s’investir et préciser notamment leur
localisation, leur durée de fonctionnement, la nature des prestations
fournies, les moyens humains et logistiques mis en place…
Plusieurs mesures de reclassement interne bénéficient d’aides financières de l’Etat :
- mise en place de cellules de reclassement d’entreprise ou interentreprises
- congé de conversion
- aide au reclassement externe par versement d’allocations temporaires dégressives
- aide au déménagement
- aide à la réinsertion des travailleurs étrangers dans leur pays d’origine
A noter :
Cas particulier des entreprises occupant au moins
1000 salariés : Si l’employeur envisage un licenciement économique, il
doit proposer à chaque salarié concerné un congé de reclassement de
quatre à neuf mois. Toutes les actions entreprises pour le reclassement
dans le cadre de ce congé sont prises en charge par l’employeur.
Le congé de reclassement
Les entreprises concernées
La loi de modernisation sociale du 17/01/2002 a ouvert aux
salariés des entreprises d’au moins 1000 salariés, visés par une mesure
de licenciement économique, la possibilité de bénéficier, pendant leur
préavis de licenciement, d’un dispositif appelé congé de reclassement.
Ce congé, d’une durée comprise entre 4 et 9 mois, leur permet de suivre
des actions de formation, et d’avoir un accompagnement individualisé
pendant leur recherche d’emploi.
A noter :
En revanche, les entreprises en redressement ou
liquidation judiciaire ne sont pas concernées par cette obligation mais
sont tenues de proposer le bénéfice d'une convention de reclassement
personnalisé .
Obligations de l’employeur
Information et consultation des représentants du personnel
L'employeur doit informer et consulter les représentants du personnel
sur les modalités de mise en oeuvre du congé de reclassement (durée,
nature des prestations…) lors des réunions de consultation relatives au
projet de licenciement.
Lorsque l'employeur est tenu de mettre en place un plan de sauvegarde
de l'emploi (licenciement économique de plus de 10 salariés), les
conditions de mise en oeuvre du congé doivent être définies dans ce
plan.
Information des salariés
Lors de l’entretien préalable au licenciement ou à l’issue de la
procédure d’information et de consultation du comité d’entreprise ou
des délégués du personnel (c'est le cas lorsque la procédure de
licenciement économique va concerner plus de dix salariés), l'employeur
doit :
- informer le salarié des conditions de mise en œuvre du
congé de reclassement (objet du congé, nature des prestations d’aide au
reclassement, statut et rémunération),
- proposer obligatoirement ce congé dans la lettre de licenciement.
Le salarié dispose de 8 jours à compter de la date de notification de la lettre de licenciement pour accepter le congé.
Attention :
L’absence de réponse dans ce délai est considérée comme un refus.
Modalités du congé de reclassement
En cas de refus du congé de reclassement
La procédure de licenciement économique suit son cours : le
salarié effectue ou non son préavis, et perçoit les indemnités
auxquelles il a droit
(se reporter à notre synthèse "Préavis et indemnités de licenciement économique").
En cas d’acceptation du congé de reclassement
Celui-ci débute à l’expiration du délai de réponse et le salarié
bénéficie d’un entretien d’évaluation et d’orientation réalisé par une
cellule d’accompagnement. Il s’agit de déterminer un projet
professionnel de reclassement et ses modalités de mise en œuvre. A
défaut, un bilan de compétences peut être réalisé.
Au vu des résultats de cette première étape, l’employeur rédige un document :
- précisant la rémunération du salarié, le terme et le
contenu du congé proposé (prestations de la cellule d’accompagnement,
actions éventuelles de formation et de validation des acquis de
l’expérience) ;
- remis ensuite au salarié qui doit le signer dans un délai de 8 jours pour que les actions de reclassement débutent.
Durée du congé de reclassement
Elle est fixée par l’employeur entre 4 et 9 mois, après
consultation des représentants du personnel et au vu des résultats de
l'entretien d'évaluation et d'orientation et, le cas échéant, du bilan
de compétences.
La durée du congé ne peut être inférieure :
- à la durée des actions de formation ou de validation des acquis de l’expérience éventuellement suivies par le salarié ;
- à 4 mois sauf accord exprès du salarié.
Le congé de reclassement s’effectue pendant le préavis, dont le salarié est dispensé d’exécution.
Lorsque la durée du congé excède celle du préavis, le terme de ce
dernier est reporté. La rupture du contrat de travail intervient alors
à la fin du congé.
A noter :
Le congé prend fin si le salarié retrouve un emploi
avant le terme prévu. Il doit, avant son embauche, informer l’employeur
par une lettre recommandée avec accusé de réception.
Statut et rémunération du salarié pendant le congé de reclassement
Le bénéficiaire du congé de reclassement :
- conserve son statut de salarié de l’entreprise
- bénéficie de sa rémunération habituelle.
Lorsque la durée du congé excède celle
du préavis, il perçoit une rémunération mensuelle à la charge de
l’employeur, dont le montant est au moins égal à 65 % du salaire brut
mensuel des 12 derniers mois précédant la notification du licenciement,
sans pouvoir être inférieur à 85 % du SMIC.
A noter :
La rémunération versée aux salariés pendant la
période qui suit le préavis n’est pas soumise au cotisations de
Sécurité Sociale. Par contre elle est soumise à la CSG et à la CRDS au
taux applicable aux revenus de remplacement.
- conserve ses droits en matière d’assurance sociale,
d’accidents du travail et d’assurance vieillesse pendant toute la durée
du congé.
ATTENTION :
La période du congé de reclassement excédant la
durée du préavis n’est prise en compte ni pour le calcul des congés
payés, ni pour la détermination de l’indemnité de licenciement.
C’est l’employeur qui va financer l’ensemble des actions
nécessaires au reclassement et qui va prendre en charge la rémunération
du salarié pendant la durée du congé de reclassement
La Convention de reclassement personnalisé
La Convention de reclassement personnalisée a été instaurée
par la Loi de cohésion sociale du 18/01/2005. Elle se substitue au
dispositif du pré-Pare, qui avait été prévue par la Loi de
modernisation sociale de 2002.
Entreprises concernées par la Convention de reclassement personnalisé
Sont concernées par ce nouveau dispositif les entreprises qui ne
sont pas soumise à l’obligation de proposer un congé de reclassement à
leurs salariés, c'est à dire :
- les entreprises de moins de 1000 salariés (n’appartenant pas à un groupe)
- les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, sans condition de taille
Salariés concernés par la Convention de reclassement personnalisée
La Convention de reclassement personnalisé doit être proposée aux
salariés visés par un licenciement économique et remplissant les
conditions suivantes :
- justifier de deux ans d’ancienneté dans l’entreprise
- remplir les conditions d’attribution des allocations chômages, telles que fixées par l’Assedic (se reporter à notre synthèse « Allocation chômage »)
- ne
pas être susceptibles de percevoir un revenu de remplacement qui leur
serait versé jusqu’à l’âge de la retraite à taux plein.
Exception :
Les salariés ayant moins de 2 ans d’ancienneté
ne sont pas exclus du dispositif, mais celui-ci leur est appliqué avec
des aménagements :
- le montant de l’allocation spécifique de reclassement sera égal au montant de l’allocation chômage.
- la
durée du versement de cette allocation ne pourra être supérieure
à celle à laquelle ils auraient eu droit au titre de l’allocation
chômage
- ils n’ont pas droit à l’indemnité différentielle s’ils trouvent un emploi moins bien rémunéré que le précédent (voir ci-dessous)
- ceux qui auraient eu droit à l’indemnité de préavis s’ils avaient refusé la CRP la perçoivent dès la rupture de leur contrat.
Procédure de mise en œuvre de la Convention de reclassement personnalisé
Le salarié doit être informé par écrit lors de l’entretien
préalable de la possibilité de bénéficier de la CRP. Ce document est
remis en main propre contre récépissé.
A noter :
Si le licenciement économique envisagé nécessite
l’information et la consultation des représentants du personnel (voir
partie I), le document d’information est remis à chacun des salariés
concernés à l’issue de la dernière réunion avec les représentants du
personnel.
Le document d’information doit contenir les éléments suivants :
- la date de remise du document (cette date fait courir le délai de réflexion)
- le délai qu’à le salarié pour donner sa réponse
- la date de rupture du contrat en cas d’acceptation de la Convention de reclassement personnalisée
- un volet détachable « bulletin d’acceptation » à compléter et remettre à l’employeur le cas échéant.
Le délai de réflexion est de 14 jours à partir de la date de remise du document informatif
Si à la date prévue pour l’envoi de la lettre de licenciement le délai
de 14 jours court toujours, l’employeur doit envoyer au salarié une
lettre recommandée avec accusé de réception, où il doit lui rappeler la
date d’expiration du délai et préciser qu’en cas de refus cette lettre
constituera la notification du licenciement.
Si le salarié
accepte, il doit rendre le bulletin d’acceptation rempli et signé. Il
doit également fournir la demande d’allocation spécifique complétée et
une copie d’une pièce d’identité et de la carte d’assurance maladie
L’employeur doit communiquer à l’Assedic le bulletin, la demande
d’allocations, l’attestation employeur et les documents permettant de
faire le point sur la situation du salarié et de payer les sommes dues
par l’employeur
La Convention de reclassement personnalisée
prend effet dès le lendemain de la fin du contrat de travail, dès ce
jour le salarié a le statut de stagiaire de la formation professionnelle
La rupture intervenue entre le salarié et l’employeur est considérée
comme étant d’un commun accord. Cette rupture donne droit au versement
de l’indemnité de licenciement (on calcule l’indemnité sur la base de
l’ancienneté préavis compris).
Conséquences de la mise en œuvre de la CRP
L’allocation spécifique de reclassement
Pendant toute la durée de la Convention de reclassement
personnalisée (qui ne peut excéder 8 mois au total), les salariés qui
auront intégré le dispositif, percevront l’allocation spécifique de
reclassement.
Cette allocation, calculée sur la base du
salaire brut moyen des 12 derniers mois, est égale, sous réserve
d’avoir au moins 2 ans d’ancienneté, à 80 % du salaire journalier de
référence (SJR) les trois premiers mois (soit 91 jours) et à 70 % les
cinq mois suivants
(pour le calcul du SJR, se reporter à notre synthèse « Allocation chômage »).
Cette allocation est payée mensuellement à terme échu, pour tous les jours ouvrables ou non
Elle ne peut être inférieure au montant de l’allocation de chômage à
laquelle l’intéressé aurait pu prétendre, au titre de l’emploi perdu,
s’il n’avait pas accepté la CRP. Pendant les 3 premiers mois, elle ne
peut être inférieure à 80 % du montant journalier brut de l’indemnité
de préavis que le salarié aurait perçue s’il n’avait pas accepté la
CRP.
Elle est cessible et saisissable dans les mêmes conditions que les salaires.
L’accompagnement des salariés et les aides proposées
Dans les 8 jours qui suivent le début de la Convention de
reclassement personnalisée, les salariés ont droit à un à entretien
individuel de pré-bilan, dont le but est de faire le point sur leurs
capacités professionnelles. Si cela s’avère nécessaire, un bilan de
compétences est proposé pour déterminer le projet professionnel de
l’intéressé.
Le mois suivant cet entretien, des mesures adaptées sont proposées au salarié.
A noter :
Le salarié peut aussi décider d’engager une VAE (validation des acquis de l’expérience ) et/ou une formation.
Si une formation démarrée dans le cadre de la CRP n’est pas
achevée à la date d’expiration de la convention (dans le cas d’une
formation de requalification ou de reconversion par exemple), le
salarié peut la poursuivre au-delà, mais il passe au régime
indemnitaire des Assedic.
Par ailleurs, toutes les mesures
d’accompagnement (préparation aux entretiens d’embauche, techniques de
recherche d’emploi, etc.) lui sont proposées. Dans toutes ses
démarches, le salarié est suivi par un référent unique (qui
l’accompagne encore durant les six mois suivant son reclassement).
Dans le même temps, une équipe pluridisciplinaire, composée des
personnels de l’Afpa, de l’ANPE, de l'Assedic, etc, dénommée « équipe
de reclassement personnalisé », sera nommée par bassin d’emploi
concerné, pour l’élaboration du plan d’action de reclassement proposé à
chaque bénéficiaire
En cas de reprise d’un emploi salarié
avant la fin de la CRP, les bénéficiaires qui ont deux ans d’ancienneté
peuvent prétendre à une indemnité différentielle de reclassement, à
condition que la rémunération du nouvel emploi soit, pour un même
nombre d’heures, inférieure d’au moins 15 % à la rémunération de
l’emploi précédent. Le montant mensuel de cette indemnité est égal à la
différence entre 30 fois le salaire journalier de référence servant au
calcul de l’allocation spécifique de reclassement et le salaire brut
mensuel de base de l’emploi repris.
L’indemnité différentielle
est versée mensuellement, à terme échu, pour une durée qui ne peut
excéder 8 mois et dans la limite d’un montant total plafonné à 50 % des
droits à l’allocation spécifique de reclassement qu’il restait à
l’intéressé lors de sa reprise d’emploi. Pour bénéficier de l’indemnité
différentielle de reclassement, l’intéressé doit justifier, auprès de
l’Assedic, de l’exécution de son contrat de travail.
Le
bénéficiaire de la CRP qui, à l’issue de cette dernière, est toujours à
la recherche d’un emploi, bénéficie, dans la limite de ses droits, de
l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), dès son inscription
comme demandeur d’emploi, sans délai de carence ni différé
d’indemnisation. La durée d’indemnisation au titre de l’ARE est alors
réduite du nombre de jours indemnisés au titre de l’allocation
spécifique de reclassement.
A noter :
L’employeur participe au financement de la
Convention de reclassement personnalisée en payant une somme égale à
deux mois de salaire brut correspondant à l’indemnité de préavis que le
salarié aurait perçue s’il n’avait pas bénéficié de la Convention de
reclassement personnalisée.
Si le salarié avait droit à un préavis
supérieur (3 mois par exemple), le surplus (dans notre exemple un mois
de salaire), est versé au salarié dès la rupture de son contrat de
travail.
Cette contribution de l’employeur comprend la totalité des charges patronales et salariales).
Attention :
Si l’employeur ne respecte pas ses obligation et
ne propose pas la Convention de reclassement personnalisée aux salariés
qui y ont droit, il devra payer 2 mois du salaire brut de chaque
salarié à l’Assedic.
Mise à jour : novembre 2005