La loi reste très
silencieuse sur la démission. Ce sont donc les juges qui ont progressivement
dégagé certaines règles sur ce droit à la démission.
Le droit de
démissionner est un droit d'ordre public, les conséquences sont les suivantes
:
- Le salarié ne peut y renoncer par avance
Exemple : un salarié
ne peut accepter d'être déclaré démissionnaire en cas de retour tardif de
congé.
- Il ne peut être apporté de restriction que dans la mesure où celle-ci est
limitée et justifiée par les intérêts légitimes de l'entreprise
Exemple : la clause de
non-concurrence, dans la mesure où elle apporte une restriction à la liberté de
travailler et donc peut inciter un salarié à ne pas démissionner, doit répondre
à des conditions de validité très strictes posées par la loi et les
juges.
LA VOLONTE DE DEMISSIONNER
Lié par un CDI, un
salarié reste totalement libre de démissionner. Aucune clause de son contrat ne
pourra donc restreindre cette liberté. (Ex : la clause prévoyant qu'une absence
injustifiée de 2 jours entraîne la démission du salarié est nulle.) De plus,
l'employeur n'a pas à donner son accord et il lui est aussi interdit de lui
faire signer une démission « en blanc ». Enfin, un salarié n'a pas à s'expliquer
sur les raisons qui le conduisent à démissionner.
Sa volonté de
démissionner doit être :
Une volonté claire et non équivoque
La démission ne doit pas résulter d'une erreur, d'une contrainte ou
menace, d'une faute de l'employeur. etc, son consentement doit être
total.
Exemple : ne constitue
pas une manifestation de volonté suffisante le fait pour le salarié d'être
absent même de façon prolongée.
Une volonté libre
Le salarié ne sera pas considéré comme démissionnaire si son employeur
l'a poussé à lui remettre sa démission par des pressions physiques ou
morales.
Les juges requalifient la décision du salarié en licenciement,
chaque fois que le salarié est poussé à la démission par le comportement fautif
de l'employeur (voir E : « Les cas de démissions forcées »).
Exemple : le salarié
qui décide de mettre fin à son contrat de travail parce que l'employeur ne lui
paie pas ses salaires n'est pas démissionnaire. Il est « licencié » et obtiendra
toutes les indemnités prévues en cas de licenciement sans cause réelle et
sérieuse.
Note :
Attention, il aura peut-être ici quelques difficultés à
prouver cette pression. Une pression trop forte peut constituer du harcèlement
moral.
Une volonté sérieuse
En raison de la gravité des conséquences de la démission pour le
salarié, il est parfois admis que la décision prise par le salarié suite à un
mouvement d'humeur, et rapidement rétractée n'est pas une démission
sérieuse.
Exemple : il est
possible de revenir sur une démission faite verbalement sous l'impulsion de la
colère, sous le coup d'un état dépressif, ou d'une émotion
forte
LES FORMES DE LA DEMISSION
Un salarié peut à tout
moment reprendre sa liberté et démissionner. Il n'a pas à motiver sa
décision.
La loi n'impose aucune forme particulière à respecter. Le salarié
peut donc en informer son employeur par écrit mais aussi tout simplement par
oral. Toutefois, pour éviter toute contestation ultérieure, il est recommandé
fortement de :
- rédiger la lettre de démission par écrit ou de la dactylographier,
- de la signer,
- de l'envoyer par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception ou
de la remettre en main propre contre décharge.
D'autre part la
volonté de démissionner doit être claire et non équivoque et ne pourra donc être
déduit du seul comportement.
Exemples de comportements qui ne pourront pas être considérés
comme des démissions :
- une absence injustifiée,
- le non retour au travail après des congés payés, un arrêt de travail,
- le refus d'exécuter le travail,
- le refus d'un changement de conditions de travail, etc.
Mais attention, dans toutes ces situations le salarié risque
de commettre une faute, voire une faute grave, et d'être alors licencié pour
cela.
A noter
Lorsque le titulaire d'un contrat "nouvelles embauches" entend
démissionner, il doit notifier sa décision à son employeur par courrier
recommandé avec accusé de réception. Le contrat est rompu dès la première
présentation de la lettre recommandée. Il n'y a ici aucun préavis à
respecter.
LES EFFETS DE LA DEMISSION
La démission est définitive
Dès l'instant où la volonté de démissionner est claire et non
équivoque, le salarié ne peut se rétracter. Ce n'est que s'il a donné une
démission sous le coup d'une forte émotion (ex : mouvement de colère) que les
juges admettent parfois la rétractation manifestée rapidement (dans les heures
qui suivent, le lendemain).
Les conséquences financières et matérielles de la démission.
A la fin du préavis, le salarié a le droit :
- aux indemnités compensatrices de congés payés pour les congés restants
- aux primes et gratifications calculées proportionnellement au temps de
présence à condition que la convention ou usage le prévoit
- au déblocage anticipé des droits à la participation, au plan épargne
entreprise (et aux droits à intéressement si les conditions d'ancienneté sont
remplies)
Par contre, logement et voiture de fonction éventuels
devront être restituées.
Les obligations postérieures à la démission.
En principe et une fois le préavis achevé, le salarié n'a plus
d'obligation à l'égard de son employeur, sauf clause de non-concurrence. La
convention collective ou le contrat de travail peuvent en effet lui interdire
pendant un certain temps de concurrencer l'activité de son ancien employeur dans
une zone géographique limitée. Une indemnité devra être versée en contrepartie.
S'il manque l'une de ces conditions, le salarié pourra être délié de cette
interdiction.
LA DEMISSION ABUSIVE
La liberté de démissionner a
cependant des limites : l'employeur qui estime que le salarié commet un abus en
démissionnant pourra réclamer des dommages et intérêts devant le Conseil des
prud'hommes.
Mais les juges ne retiennent que très rarement l'abus dans la
démission du salarié.
Exemple de démissions
abusives :
-la démission simultanée et de connivence de plusieurs
salariés
-la démission immédiate sans respect du préavis
-la démission
avec l'intention de nuire à l'employeur
LES CAS DE DEMISSIONS FORCEES
Qu'appelle-t-on une démission forcée ?
Une démission « forcée » est la démission du salarié qui aurait été
en réalité « contraint » plus ou moins directement par son employeur à
démissionner. Celui-ci doit alors avoir commis une faute à son égard (ex : non
paiement des salaires, modification imposée du contrat de travail,
coups..).
Les conséquences de la démission forcée
Autrefois, une telle démission était systématiquement requalifiée
par les juges de licenciement. Il suffisait au salarié d'invoquer une faute de
l'employeur, peu importe que les faits reprochés soient ou non réels. Cela
obligeait l'employeur à indemniser le salarié pour licenciement
abusif.
Mais cette jurisprudence est devenue depuis beaucoup plus sévère
à l'égard du salarié. Le salarié ne peut plus invoquer n'importe quelle raison
pour « s'autolicencier ».
Désormais, il faut que l'employeur ait
réellement commis une faute pour que la démission soit requalifiée en
licenciement. Mais attention : si l'employeur n'a pas commis de faute et que les
reproches du salarié ne sont pas fondés, la démission prendra tous ses effets.
LA DEMISSION EN CAS DE GROSSESSE, NAISSANCE OU
ADOPTION
Si la salariée souhaite élever son enfant, elle a 2 options
: demander un congé parental d'éducation, ou donner sa démission.
Dans ce
dernier cas, la loi a prévu quelques aménagements, qui concernent trois points
:
Le préavis
Aucun préavis n'est imposé en cas de démission :
- pendant la grossesse
- à l'issue du congé de maternité
- à l'issue du congé d'adoption
La procédure à respecter pour démissionner :
La salariée qui souhaite démissionner pendant le congé de maternité
ou d'adoption doit en informer son employeur par lettre recommandée avec demande
d'accusé de réception et y joindre le certificat médical de grossesse.
La
salariée qui souhaite démissionner à l'issue du congé de maternité ou d'adoption
doit en informer l'employeur par lettre recommandée avec demande d'accusé de
réception au moins 15 jours avant la fin de ce congé.
La possibilité de réemploi après démission :
Si la salariée démissionne pendant sa grossesse, elle perdra
définitivement son emploi. Par contre, si elle démissionne à l'issue de son
congé de maternité ou d'adoption, elle pourra demander à être réemployée dans
son entreprise. Elle devra impérativement en faire la demande dans l'année qui
suit sa démission. L'employeur sera alors obligé pendant 1 an de la rembaucher
en priorité si un emploi équivalent à son ancien travail se libère, ou est créé
dans l'entreprise.
Mise à jour : mars 2006